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Burn out et haute sensibilité, une histoire de limites ?

  • Photo du rédacteur: Jérôme Frugère
    Jérôme Frugère
  • 28 mars 2024
  • 5 min de lecture

Les personnes hautement sensibles (HS) seraient-elles de meilleures candidates au syndrome d’épuisement professionnel ? Selon certaines études, le risque serait en effet 2 fois plus important d’être concerné.e.


Pour moi, il y a un thème lié entre les deux sujets : celui des limites. Le risque  de burn out se trouverait-il au croisement entre un fonctionnement singulier en tant que personne HS qui s’ignore - et ne reconnaît donc pas ses limites intérieures - et un environnement de travail dans lequel les limites (extérieures à la personne) ne sont ni claires ni structurantes ?

La personne HS qui ne pilote pas sa haute sensibilité risque donc de cumuler les difficultés dans un environnement professionnel où :


  • les objectifs à atteindre sur son poste / dans ses projets manquent de clarté ou sont difficiles à atteindre : risque de travailler toujours plus à fond perdu sans satisfaction d’avoir atteint le résultat attendu.

  • il y a un fort déséquilibre entre tâches à accomplir et moyens mis en oeuvre : risque de perte de sens entre compréhension intellectuelle des enjeux et perte de motivation quand le coeur n’y est plus face à la tâche impossible à accomplir.

  • règnent ambiguïté ou conflit de places quand personne n’incarne le cadre / l’autorité : risque de se perdre dans le collectif, de devenir caméléon, ou d’incarner la posture sauveur pour tenir la barre ce qui générera frustrations et perte d’énergie

  • où il n’y a pas de management opérationnel : risque d’en faire toujours plus pour plaire, être accepté.e, se sentir valorisé.e, se sentir au bon niveau, faute d'être reconnu.e suffisamment bon.ne. 


S’il est parfois difficile de faire changer l’environnement professionnel où tout ne dépend pas de nous, il est possible de piloter ses propres limites pour éviter l’épuisement total.


Comment les 4 caractéristiques que l’on retrouve chez les personnes hautement sensibles parlent-elles aussi de limites personnelles à connaître et à comprendre pour mieux dire non et stop avant qu’il ne soit trop tard ?


Traitement long et profond de l’information : traiter l’information peut s’avérer sans fin chez les personnes HS. 

Une info en amène une autre, qui se met en lien avec tout une série d’infos connexes.  « Creuser » plus profondément pour mieux comprendre, pour élargir le champ du sujet initial - des fois qu’on y trouve une info hyper importante ! - pour être sûr d’avoir été exhaustif, à la hauteur du travail qui nous a été demandé. La crainte que si l'on ne va pas au bout des sujets, le résultat de son travail ne produise pas le résultat escompté. La croyance que l’exigence que l’on a pour soi est la même que celle des autres. L’aversion à rester « en surface » .


La pensée « buissonnante » des personnes HS permet de faire des liens rapides qui génèrent souvent des intuitions ou des fulgurances. Cependant, dans un monde professionnel normatif, il sera attendu qu’on puisse démontrer, prouver, justifier ce que l’on a intuité. La personne hautement sensible va potentiellement chercher à recréer un parcours de pensée lisible et cohérent pour les autres et ce faisant, perdre les bénéfices du temps gagné par ses intuitions au dépend d’un temps de travail analytique plus conséquent.


Tout ceci peut conduire la personne hautement sensible à travailler au-delà de ce qui lui est demandé ou de ce qui est attendu, générant donc une surcharge de travail auto-infligée, faut de savoir s’arrêter là où c’est suffisant.


Empathie et réactivité émotionnelle : ressentir profondément les états émotionnels des personnes autour de soi et faire passer au filtre émotionnel toutes les informations.

Les personnes HS se disent souvent « éponges », et dans l’entreprise, ressentir sans filtre toutes les humeurs, toutes les ambiances, toutes les émotions des autres, conduit souvent à perdre son ancrage personnel et à dériver dans l’océan émotionnel de l'open-space ou du bureau ! 


À vouloir donner satisfaction (… ou plaire !) il est facile de devenir caméléon pour s’adapter aux besoins des autres. Par exemple, je vois tellement bien qu'Untel est chafouin ce matin que je ne vais pas lui demander de faire ceci car je peux le faire et ça ira plus vite qu'avoir a négocié avec lui.


En cherchant à éviter les enjeux relationnels qui pourraient générer confrontations, conflits ou débordements émotionnels, le risque est donc d’en faire plus que demandé. 


Par ailleurs, regarder ses sujets professionnels avec l’oeil du coeur, c’est aussi dépenser une énergie souvent conséquente à arbitrer entre ce que le mental dit et ce que le coeur dit. La difficulté à faire un choix peut devenir problématique : où s’arrêter pour choisir ou pour décider ?


Plus les personnes HS sont à des postes où la relation humaine est au centre de leur travail, plus grand est le risque qu’elles se perdent dans les enjeux de management où arbitrer, trancher, tenir un cadre et poser des limites deviennent à chaque fois des épreuves.


L’attention aux détails et aux subtilités : puisque chaque détail est une information à part entière, tenir compte de tous les détails c’est considérer plus d’informations que les personnes normo-sensibles.

Et prendre soin des détails c’est pour les personnalités HS une façon d’être en connexion avec une certaine vision de l’excellence. C’est la petite différence qui peut faire toute la différence dans un projet, dans un dossier. 


Seulement dans la temporalité du monde professionnel, consacrer du temps aux détails, c’est potentiellement vu comme une perte de temps, ça ralentit les autres, c’est du pinaillage inutile, c’est de l'insatisfaction chronique - et je ne sais quel autre jugement encore - qui contraignent les personnes HS à prendre soin des détails potentiellement en dehors des horaires de travail en collectif.


Sans quoi, l’image de soi comme étant à son meilleur niveau professionnel est altérée. Le risque étant que l’attention aux détails en rajoute une couche à la surcharge de travail due au traitement déjà long et profond de l’information.


L’hyper-excitabilité ou hyper-stimulabilité conduisent à la saturation : Sans pilotage de l’impact de touts les stimulus cognitifs, sensoriels et émotionnels, la personne hautement sensible sollicite son système nerveux au-delà du raisonnable.

C’est le déni de l’impact qu’ont ces stimulations qui créé la saturation. 


Chez les personnes HS, les impacts émotionnels montant plus vite, plus haut, restant plus longtemps à un niveau élevé et mettant plus de temps à redescendre, l’absence de limites pour protéger le système nerveux des impacts émotionnels engendre immanquablement des moments de saturation.   

Comme un disjoncteur met en sécurité tout le système électrique, une fois complètement saturé, le système nerveux va devoir trouver un mode d’arrêt d’urgence pour désaturer : soit la colère, soit l’effondrement.

➞ La colère va faire « exploser » la personne pour lui faire poser, contrainte forcée, des limites et lui permettre de dire « non » ou « stop » et ainsi prendre de la distance avec les autres. 


➞ L’effondrement pourra se manifester par une perte soudaine d’énergie et de motivation qui aura la même vertu que la colère : mettre la personne à l’arrêt temporairement et lui permettre de se mettre en retrait.


L’une ou l’autre des modes de protection du système nerveux rend possible le processus de désaturation.


Le syndrome d’épuisement professionnel survient plus facilement lorsque la personne n’a pas pu créer pour elle-même suffisamment souvent des moments de désaturation suffisamment longs pour permettre à son système de se réguler au gré des stimuli. 

 
 
 

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